Le récit de ma X-Alpine 2021

Le temps d’un week-end… bye-bye Covid, bonjour running ! et pas n’importe où : en Suisse, chez les Suisse, dans le Val de Bagnes ! Dans cette vallée, les amateurs de montagne trouveront tout beau ! Du chalet, des forêts, des alpages, des glaciers, c’est les Alpes dans toute leur splendeur ! Mais l’heure n’est pas au tourisme, mais à l’effort puisque 3 années après ma X-Traversée (ma plus belle course que j’ai fait à ce jour), je décide de passer à l’échelon supérieur sur la X-Alpine, l’épreuve la plus difficile de ce Trail de Verbier Saint-Bernard, un morceau de 111km pour 8300 md+ sur des chemins souvent techniques et aériens !

C’est la sortie familiale de l’année puisque comme tous les ans ce sont mes parents qui m’accompagnent et qui garantirons une logistique parfaite avant, pendant et après la course. La course commence à 4h00 du matin (certains coureurs partent eux à 1h00), c’est en petit comité ! Sur la ligne du départ que du coureur aguerri… le départ est lancé, on traverse Verbier encore endormi pour s’enfoncer dans les bois pour attaquer la descente vers SEMBRANCHER. Cette descente n’est pas forcement technique mais il faut juste faire attention de ne pas se faire une cheville puisque tout est encore froid. Sembrancher, son 1er ravitaillement et le premier pointage sont là, le jour également et nous attaquons déjà une des montées les plus abruptes de l’épreuve : la montée à Catogne où globalement du monte 1900 m environ sur 10km. Le début dans les bois est forcément clément, mais une fois passé l’alpage, au revoir les chemins tranquilles et bonjour les sentiers alpins ! Là on ne fait plus semblant, ça pique dans le dur ! Ça monte et ça monte encore jusqu’à rejoindre la crête qui mène au sommet ! C’est un paysage aussi difficile que mérité et sublime. C’est forcément aérien, technique, rocheux avec une vue très prenante. Le premier sommet est à présent gravi après une montée de 1900m de dénivelé positif en 2h40me concernant et quelques efforts (…), nous sommes à la Catogne et ses 2698m d’altitude.

Je me réjouis pour cette première descente à venir mais sans doute un peu rapidement par méconnaissance du terrain ! Ce n’est franchement pas roulant du tout, mais pas du tout du tout ! Certains tronçons sont même dangereux même si la deuxième moitié de la descente, sur la hauteur de Champex est (enfin) plus clémente ! Pour illustrer le chantier, je suis allé à la même vitesse dans la montée de la Catogne que dans sa descente. Champex, ses chalets, son lac sont là, mes vaillants accompagnateurs également. On échange un peu et il faut déjà repartir après avoir fait une petite pause auprès des bénévoles.

Le chemin commence le long du petit ruisseau de la Bisse de Champex. C’est très plaisant, presque idyllique ! Mais après 3km c’est soudainement moins plaisant et on attaque à nouveau dans le pentu ! Pour faire court et en arrondissant on gagne 800m de dénivelé sur seulement 3km de sentier ! De plus à l’approche de col de la Breya, point d’étape avant la cabane de Orny, les chemins ne sont plus des chemins mais simplement des amas de roches où seules les balises servent de repère pour ce qu’on pourrait appeler “avancer”. Le trail technique prends ici toute sa définition, ses racines ! Il faut avancer intelligemment, prudemment en prenant soins de poser ses pieds sur une arêtes de roche qui veut bien les accueillir !  Ça épuise. Nous abordons un chemin pas forcément plus clément, mais moins abrupte tout à la fin du glacier d’Orny que nous côtoyons de très près ! C’est un décor très très alpin et donc rare à mes yeux. La cabane est là devant nous, il ne fait pas chaud du tout, un dernier passage dans un névé de neige nous amène au point culminant de ce trail à 2825m d’altitude. Pour ma part ma montre affiche un petit 35km… pour 8h20 de course ! Tout simplement hallucinant ! La plupart des coureurs ne s’attardent pas en raison de la température peu clémente et nous redescendons en direction de la plaine. Après quelques passages sur des chemins techniques et de belles plaques de neiges résiduelles (mes chaussures ne sont pas du tout adaptées, bonjour l’angoisse et les glissades, 0 maitrise !), la descente s’opère sur des chemins plus simples, de petits singles sans trop de difficultés… mais c’est sans compter l’arrivée de la pluie qui, une fois dans le foret rendent les chemins jonchés de racines ultra glissant ! Les racines deviennent aussi glissantes que de la glace et c’est crispant à souhait. Il faut avancer sans précipitation, mais en avançant tout de même ! La pluie s’installe durablement, ce n’est pas forcement agréable et elle s’arrêtera au niveau du Col Grand Saint Bernard… environ 6 heures plus tard ! Arrivée à la Fouly, lieu familier puisque le départ de la X-Traversée (mon récit ici) que je connais était parti de là, mes supporters -eux aussi trempés- m’attendent ! Ça fait du bien même si l’accès sous le temps de la base vie leur est interdit en raison des restrictions sanitaires en vigueur. Je prends mon temps pour bien m’alimenter et attaquer la monter vers le col de la Fenètre.

Le début de cette montée n’est pas technique, se fait sans les alpages et le moral est plutôt au beau fixe, à l’inverse du ciel ! Les nuages sont bas, je sais que nous nous dirigeons droit dedans et que le pire est à venir. Il faut remonter inlassablement, plus je gagne de l’altitude, plus la pluie s’intensifie ; les vêtements sont humides et un sentiment de fraicheur s’installe. Le Plan de la Chaux est passé et il faut aller en direction des lacs dont j’avais un souvenir de paysage vraiment exceptionnel sauf qu’aujourd’hui tout est gris, fermé, il n’y a pas de vue, il n’y aura bientôt plus de plaisir. Le sol est encore blanc de la neige hivernale totalement détrempée par la pluie qui s’intensifie encore. Je suis maintenant totalement trempé, malgré la veste technique, et refroidit malgré les gants et le bonnet ! Le chemin, la pente et les 15 heures d’efforts empêchent de pouvoir courir ou trottiner pour se réchauffer, je suis totalement livré à mon destin de galérien ! Je pense que nous avons frôlé les 0°C au moment de passer la fenêtre de Ferret à 2695m, mes parents qui m’attendaient au col du Grand Saint-Bernard ayant eu 3°C 300m d’altitude plus bas. C’est justement là-bas que je suis attendu au ravitaillement, totalement transit par le froid et les vêtements mouillés, mes mains étant incapables de bouger pour changer de vêtements. Les secours nous invitent à nous réchauffer dans une pièce chauffée de l’Hospice. C’est sans refus que je rejoins cette pièce dans laquelle je trouve un grand nombre de coureurs engloutis sous des couvertures et collés aux radiateurs à tenter de se réchauffer. Pour ma part j’y reste une vingtaine de minutes, je m’apprête à repartir mais force de constater que le moral n’y est plus… je sais à cet instant que je vais m’arrêter plus bas à Bourg-Saint-Pierre que je veux encore rallier en courant, et ce en pensant, à tort, que ce sera une partie plus facile.

Erreur, le passage dans le secteur du Pas de Chevaux me parait insurmontable, c’est à nouveau de la grosse roche, il faut à nouveau être attentif d’autant que la luminosité commence à baisser, mais à l’inverse une météo plus clémente réapparait avec même quelques rayons de soleil. Je n’avance plus, je fais du surplace, malgré le dénivelé globalement négatif sur ce tronçon, les jambes ne répondent plus. Passé ce nouvel obstacle, le chemin est bien plus clément, plus de technicité et longe pendant quelques kilomètres la Dranse D’Entremont. Il fait à présent totalement nuit, je finis à la frontale. Il reste à fournir quelques efforts sur ce chemin qui est jusque-là la partie la plus facile du parcours mais je marche tout de même. Je sais que je vais m’arrêter, c’est une question de minutes. J’arrive dans Bourg et à sa base vie. Certains coureurs dorment, d’autres quittent la salle avec leurs dossards dans une main et leur sac dans l’autre. Je rejoins mes parents, je me restaure et je jette officiellement l’éponge, totalement épuisé, sans recourse pour repartir sur les sommets dans cette nuit noire et ce pour 8 à 10 heures d’effort. La X-Alpine a eu raison de moi. C’est mon second abandon depuis le chaotique 80km du Mont-Blanc 2014. Ma montre m’indique : 81.66km, 5859m de d+, 19h07min, 4,3km/h de moyenne !

C’est évidemment une déception de ne pas avoir su trouver les ressources physiques pour avoir fini ce trail. Mais j’ai tout donné et les conditions pour accéder au Grand Saint-Bernard n’ont pas aider à rester dans la course. J’ai échangé avec Sangé SHERPA qui a fini second de cet ultra et qui estime que la ligne d’arrivée se finit 50% grâce au mental, 50% grâce au physique. Il me manquait quelque pourcent, mais il me rappelle que ça se perfectionne au fil des années. Un grand bravo aux finishers de cette épreuve, incontestablement la plus difficile que j’avais à ce jour couru. Un petit mot de remerciement pour mes parents qui m’ont accompagné sur ce week-end et qui ont une grande patience pour m’attendre aux différents points de ravitaillement, du premier jusqu’à Bourg Saint Pierre.

 

Author: Arnaud MICHEL

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