Le récit de mon Ultra Trail 2021 (105km; 5200md+)

Le Munster Trail, c’était ma première et pas n’importe quelle distance puisque je me suis engagé sur cette nouvelle épreuve de l’évènement : un 105km pour 5200 mètres de dénivelé positif et autant de négatif. C’était surtout une belle occasion de se rattraper après une X-Alpine du juillet 2021 (récit ici) totalement ratée car stoppé après 80km d’effort, mais également aller se défouler dans une partie du massif vosgien particulièrement rayonnante. Et en ce 2 octobre, c’est d’autant plus rayonnant que le soleil est de la partie avec une météo simplement idéale : sec, pas trop chaud, pas trop froid, ensoleillée… bref tous les voyants sont aux verts pour passer quelques heures à suer dans la joie et la bonne humeur. Et surtout un précieux air de post-covid : pas de masques dans le sas, aux ravitaillements….

2 vagues de départ sont possibles : une le vendredi 21h30 et une seconde le samedi 01h00. Je choisis la seconde option qui me permettra d’avoir une merveilleuse nuit de deux heures de sommeil. Accompagné de mes parents, eux aussi prêts à braver la nuit pour me suivre aux points accessibles aux (vaillants et patients) accompagnateurs, je rejoins la ligne de départ pour se lancer dans la nuit noire. Après un bref briefing, succin et essentiel, la vague, composé d’une centaine de coureurs se lance. Nous quittons très vite Munster, ville de départ pour gravir sans trop de difficultés (les jambes sont fraiches !) le Solberg à 785m d’altitude. On n’y voit pas grand-chose, rien en réalité et il faut rester attentif pour ne pas rater les petits drapeaux rouges marqués d’une bande réfléchissante qui seront nos guides pendant de longues heures. Le petit peloton se tire rapidement et je me retrouve rapidement seul dans l’obscurité obscure. Il n’est pas simple d’écrire un récit sur une course nocturne dans la mesure où les vues et les localisations ne sont pas toujours simples mais ces instants sont plaisants. Je trouve qu’il y a une espèce de clémence pour les coureurs car pour le moment – jusqu’au Petit Ballon – les chemins ne sont pas trop techniques, mais nécessitent tout de même d’être attentif. Le Petit Ballon, justement nous y voici, après 2h20 d’effort géré, on passe devant 2 vaillants bénévoles qui bravent la nuit et le vent froid pour nous aiguiller.

 

On arrive au premier ravitaillement, je ne m’attarde pas, nous nous trompons de chemin en repartant mais continuons à avancer, à un rythme de croisière. On plonge dans la vallée, on passe Sondernach village qui tire son origine de « près du soleil » mais cette nuit nous sommes près des étoiles. Et justement, en levant la tête une vision du ciel nocturne assez rare s’offre – loin de la luminosité des villes – à nous : un fond noir tâché de centaines de lumières plus ou moins grandes, plus ou moins lumineuses nous guident à travers la nuit ! C’est simplement magnifique, je m’égare à les observer et donc à trébucher ! Bref, il faut continuer et remonter au Schnepf’ pour arriver au second ravito’ : Bretzel et ambiance après-ski au chalet qui sert d’abris aux bénévoles déjantés qui dansent en pleine nuit sur Smells Like Teen Spirit! ça déménage littéralement, ça donne du baume au cœur et dans l’euphorie, à la descente de la piste de ski je m’égare une seconde fois, je ne trouve plus les petits drapeaux luminescents mais un coureur avec qui j’avais longuement discuté m’appelle pour me réorienter ! Merci à lui car je faisais carrément fausse route ! La descente en lacet, la remontée vers le Kastelberg avec son final piquant sous la ligne électrique, un chemin classique des trails du coin, un classique qui forge le caractère ! C’est à cet endroit et à ce moment que le soleil va se lever, nous prenons tous le temps de prendre une photo. C’est environ aussi ici que nous commençons à rattraper les courageux coureurs de la première vague qui comme nous profitent enfin la lueur du jour.

La descente vers le lac du Fischboedle est relativement technique et je suis bien content de ne pas avoir eu à l’aborder de nuit. Le lac passé, puis celui du Schiessrothried situé 1 km plus loin il faut monter sur les crêtes via la Wormspel, une ascension aussi belle que difficile dans les versants abrupts et rocailleux de l’ancien glacier : nous prenons 500md+ sur moins de 3km. Idem ce chemin est un classique, je le connais bien, pas question de se faire surprendre, je l’aborde avec une certaine confiance et arrive en haut sans trop douter. Une bonne chose de faite! On passe le Hohneck, totalement désert de randonneurs tant le vent est fort, pour ma part je suis même parfois déséquilibre. Un petit coucou à Nicolas FRIED posté sur le bord du chemin avec son appareil à photo dans les mains et nous contournons le Petit Hohneck par le GR5 pour finalement descendre la piste raide du Gaschney rejoindre mes parents postés au ravitaillement ! Coca, saucisson, banane et ça repart pour rejoindre une nouvelle fois la vallée et cette fois c’est direction le petit village de Stosswihr, petit village de 1300 habitants. La descente de 6 km est très roulante, il faut environ 30 min pour parcourir la distance. La remontée sur l’autre versant est plus clémente, bien que constituée d’une dizaine de “montées descentes” il est difficile de trouver son rythme, quelque chose de constant. Personnellement, je garde le cap, droit devant, sans jamais faillir, en parvenant à toujours relancer. Que trépasse si je faiblis. Il est midi, il fait plutôt chaud, je fais tomber les couches et me retrouve en tee-shirt comme en plein été, merveilleux. Bref tout va bien, nous sortons des bois et apercevons le ravitaillement du Tanet: le bénévole en place me dit qu’il faut un petit quart d’heure pour le rejoindre. Confiant, je le crois, sauf qu’il faut monter la fameuse piste de ski: dabbord assez confiant, je m’aperçois vite que ça va être un morceau plus compliqué qu’envisagé : je ralentis, je ralentis encore, je suis presque à l’arrêt… je pousse comme un âne sur mes bâtons, je manque quelques fois de basculer vers l’arrière dans cette pente ultra abrupte. Une spectatrice sur le bord me demande si ça va, je lui demande en souriant pourquoi ça n’irait pas? En fait ça ne pas va pas du tout, je suis à l’agonie et après un effort que je n’avais pas prévu de faire j’arrive en haut. Le bénévole me dit que le ravitaillement ce n’est pas pour tout de suite et qu’il faut encore, je cite “faire une petite boucle” avant. Comprenez par là, presque tout redescendre pour remonter une seconde piste de ski. Je crie au SOS, à la blague, je n’en peux plus. Il faut pourtant monter, arriver en haut pour finalement rejoindre le fameux ravitaillement après 61min ! Là, j’y découvre des coureurs aux mines confites, des regards vides et des muscles épuisés. Chose rare, je m’assois pour récupérer, bien manger le tout sous le regard bienveillant de mes accompagnateurs ! A ma grande surprise, ce ravitaillement est assez salvateur puisqu’en repartant, je retrouve de l’énergie et le moral qui ne me lâcherons plus jusqu’à la fin.

La suite, c’est du classique des chemins vosgiens, le petit sentier de randonné passant par le Lac Vert, le Erichson, puis le lac des Truites et sa belle tourbière, lieu magnifique niché dans son cirque glaciaire. Il faut gravir la dernière montée, plus si simple avec cet état de fatigue, mais si belle, comme les sentiers dégagés qui s’en suivent. Direction de Wettstein, il ne reste plus que 10km avec une majorité de descentes : c’est gagné, je sais à cet instant que je bouclerai ce trail. Il n’y a plus qu’à dérouler, j’aperçois les toits de la ville de Munster, puis j’entre dans les rues. La ville est animée, en tout cas beaucoup plus que lorsqu’on l’a quitté 15 heures plus tôt. Il y a des coureurs partout, un dernier effort à faire dans le parc et l’arche est franchi ! J’arrête ma montre, elle indique 15h13min. Je suis 19ème sur environ 300 partants et c’est plutôt pas mal pour une distance qui n’est pas forcément ma favorite.

Un grand merci à mes parents qui ont fait preuve d’une grande patience et qui ont été là dès que les accès le permettaient, et à tout moment de la nuit et de la journée, c’était précieux !

Le premier, le vosgien Emilien Lejeune survole la course en 12h12min. Il a bien voulu me confier ses impressions, les voici :

“Pour le parcours du Munster Trail je l’ai trouvé vraiment complet et quand même assez dure pour les Vosges: le départ en nocturne permet de scinder la course en deux : partie de nuit et partie de jour, c’est sympa et mentalement, on part tout neuf au levé du jour ! J’ai bien aimé la montée du Schnepf’, ainsi que celle du Hohneck qui donnait un caractère montagneux au parcours… mais un peu moins celle entre Soultzeren et le Tanet … ça tricotait un peu trop à mon goût, et pour des gars dans le dur ce type de chemin peut-être interminable … ça aurait être peut-être plus sympa de remonter au plus court, d’éviter la piste de ski, et de faire une bascule sur le versant vosgien, du côté du Rudlin pour un kilomètre équivalent et un dénivelé supérieur (c’est mon terrain de jeu et je suis un peu chauvin ^^)
Globalement j’ai trouvé le parcours super ludique et quand même assez difficile à négocier, avec des parties raides et techniques et d’autres où il fallait savoir courir, bref ! 12h de régal !”

Merci à lui d’avoir pris le temps de me confier ses quelques mots.

Mon lien Strava:

Le lien vers les superbes photos de l’équipe de Nicolas FRIED (toutes les courses) c’est par ici .

Mes photos du départ du 20km c’est sur cette page.

Les résultats du 105km de cette édition 2021 c’est ici :

Le site de la course du Munster Trail c’est ici :

 

Author: Arnaud MICHEL

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