Le récit de mon Grand Trail de la Vallée des Lacs 2019 90km, 5300md+ 43ème/380

Dites 33, 303. 303 comme mon dossard de la course du jour: Le Grand Trail de la Vallée des Lacs. Un ultra trail par définition de 90km pour 5300 m de dénivelé positif. Une belle balade en perspective avec comme point de départ, le bord du lac de Gérardmer avec pour originalité un départ à 1h00 du matin. Pour ma part, cette course commence dans l’après midi du vendredi avec une luxueuse sieste préparatoire à la nuit blanche à venir. Il est 22h00, deux heures plus tard nous sommes moi et Olivier que je covoiture (mon premier covoiturage trouvé sur mon groupe de covoitureurs de coureurs alsacien (Alsace Running Covoit’) en route vers le Huit-Huit, les Vosges. Olivier a sensiblement le même profil que moi, coureur solitaire qui s’entraîne dans le coin du Mont Saint Odile. Dans la discussion, je lui propose de se revoir pour lui présenter le Rocher du Mutzig mon lieu d’entraînement, qu’il ne connaît pas. Le rendez vous est pris ! Je récupère mon dossard, il reste 45 minutes à attendre avant le départ nocturne, la fatigue de fin de semaine se fait sentir !

C’est l’heure du départ, le briefing est simple, dans une ambiance épurée. Au vue de l’heure, peu de spectateur sont présents mais la traversée de la ville de Gerardmer se fait tout de même sous les applaudissements des gens pas encore couchés et posés sur les terrasses. Ca part à une vitesse raisonnée et après avoir quitté le bitume nous entrons sans se bousculer sur un chemin monotrace en direction du domaine skiable de la ville pour grimper une montée très sèche sous un premier téléski. Les jambes sont déjà chaudes, ça annonce la couleur  pour la suite! Nous alternons montées et descentes sur les petits sentiers ou chemins plus larges. Le ciel est voilé et sur les points les plus hauts, nous avons l’impression de pouvoir touché la lune. Dans la forêt c’est plus obscure, mais surtout plus humide, un crachin et brouillard permanent nous maintiennent humide. Avant le premier ravitaillement, un coureur se tord lourdement la cheville, la prudence est de mise ! Jusque là tout va plutôt bien et en traversant une route, j’aperçois le panneau “Col de Bramont” qui me rappelle immédiatement de bon souvenir: Mon Tour de la Vallée de la Thur que j’avais fait en solitaire en 2017, et de foulée en foulée nous sommes déjà au premier tiers de la course ! Le jour se lève et la montée vers le col puis le sommet du Rainkopf (35ème km) est pour moi la première difficulté bien que relativement peu technique. Là en haut, c’est le KO, il vente, il n’y a aucune visibilité, nous enfilons tous nos coupes-vent. La descente, versant alsacien est carrément superbe: je l’ai fait une semaine plus tôt dans le sens inverse avec Lionel, un copain de la Vallée de Munster: ici pas de surprise on peut lâcher les chevaux ! Par contre la suite… passé le lac d’Altenweiher rime avec l’enfer sur terre ! Le chemin à la “croix bleue” connu par les coureurs du Trail du Défi du Muhlbach du Trail des Marcaires (testé ici), pas forcément long – environ 2km-  ni pentu, mais sans doute l’un des plus techniques que je connaisse dans les Vosges, avec des pierriers, des cordes, des marches métalliques scellées dans la roche, où mettre les pieds? où planter les bâtons? nulle part, débranche ton cerveau et avance gentiment. Je cours de plus en plus seul et la descente tout aussi rapide nous mène au fond de la vallée de Munster, à Mittlach qui est également la moitié de la course.

Je remplis ma poche d’eau, j’échange avec les bénévoles pour les féliciter de leur implication et les remercier pour leur présence et il faut attaquer une des plus grosses montées du parcours: le Schepfenriefkopf (1258 m d’altitude). La montée est peu technique mais assez régulière, ce qui est pratique pour pousser sur les bâtons. Avant d’atteindre le sommet, nous montons une nouvelle fois sous une remontée mécanique et il est atteint au bout de 1h15 d’effort, sans jamais courir à 6.2km/h de moyenne sur l’ensemble de l’ascension. La descente à nouveau en direction de la vallée de Munster, à Metzeral est également assez rapide pour moi (10km/h en moyenne) et au ravitaillement, c’est Lionel qui vient m’encourager et faire quelques foulées avec moi. Ca fait du bien puisque c’est le moment d’attaquer la plus grosse montée de ce Grand Trail de la Vallée des Lacs: direction le sommet du Hohneck. Pareil, j’avais fait la montée une semaine plus tôt, montée que j’avais trouvé assez praticable, mais là avec 58km dans les pattes, c’est n’est pas la même chanson ! Que c’est long, que c’est dure ! Clairement pour moi c’est le début de la débandade ! Les lacs de Fischboedel et du Schiessrothried qui me paraissaient facilement accessible une semaine plus tôt sont cette fois au bout du monde. Ca n’avance plus, les jambes fatigues et la montée finale par le Wormspel vient à m’achever. Je monte avec Nicolas un coureur galérien comme moi avec qui on se soutient mutuellement. Au bout de quasiment deux heures d’effort, nous y sommes, le Hohneck et ses 1363 m d’altitude plongé dans un épais brouillard, sont devant nous: pas de panoramas pourtant si incroyable là en haut pour nous! Les rares courageux, vêtus de doudoune, gants et bonnet nous soutiennent aux bords du chemin. On reprend des forces au Refuge du Sotré (66ème kilomètre), la descente est un peu plus roulante (chose rare sur cette épreuve!)  jusqu’à un sentier situé entre les Faignes en Vologne et le premier passage au Lac de Lispach que j’ai trouvé particulièrement compliqué de par sa technicité !

Les coureurs du 56km avec qui nous partagerons la fin du parcours nous dépassent et on presque à chaque fois un mot de soutien, ça réchauffe le coeur et redonne le moral. C’est quasiment impossible d’évoluer en courant et les kilomètres s’égrainent pas conséquent beaucoup moins rapidement ! Nous passons à côté du lac de Longemer (78ème kilomètre) et pour rejoindre à nouveau le celui de Lispach, il faut gravir un mur, une pente incroyable: ça épuise mais il faut avancer. Nous passons la tête de Grouvelin, traversons entourés de genêts en fleus, je suis en surchauffe, je fais une overdose de coca et j’ai surtout hâte que ça se finisse car je n’avance plus. Après 2 courtes montées que je n’avais pas intégré à mon profil topographique, j’aperçois les premiers chalets des hauteurs de Gérardmer. Le speacker se fait entendre, il reste quelque 500 m à parcourir et un spectateur me dit qu’en avançant bien je peux passer sous la barre symbolique des 15h00, mais je n’en peux plus, je finis ce trail de 90km et 5300 m de dénivelé positif pour autant de négatif en 15h00min43s à une convenable 43ème place sur 380 partants.

Que fut dur, que ce fût long ! Ce Grand Trail de la Vallée des Lacs (90km / 5300 md+) a vraiment tout d’un grand trail: le départ nocturne, une organisation rodée et sans failles, des bénévoles serviables, compréhensifs et sympathiques à chaque ravitaillement, des signaleurs… un grand merci à eux ! Je m’étais déjà aventuré sur l’épreuve en 2016 qui avait été amputée d’une partie du parcours en raison de conditions météo compliquées, mais je n’avais pas souvenir d’une course si exigeante et technique. Pour ma part après mon trail de Niederbronn en avril dernier que j’avais fini dans la douleur, je regagne de la confiance pour mon objectif de la saison: L’Eiger Ultra Trail E101 de fin juillet !

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Author: Arnaud MICHEL

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