Mon récit de Belle-Ile en Trail 2018, Ultra des Vagues

16 janvier 2018, je réceptionne un mail de l’équipe d’inscription de Belle-Île en Trail m’indiquant que je viens d’être retenu pour participer à l’édition 2018 de ce trail si unique en son genre ! Il n’y a plus qu’à organiser le voyage. Le TGV Strasbourg-Rennes est réservé, la navette maritime au départ de Quiberon également : on peut alors diriger en cet fin septembre dans l’ouest en ne manquant pas de faire une étape chez ma sœur et son mari tous les deux installés près de Rennes au cœur de la forêt de Brocéliande. Nous sommes le 21 septembre et nous nous rendons sur Belle-Ile en Mer, que j’avais quitté un an plutôt dans le cadre de mes vacances d’été. C’est d’ailleurs durant ce court séjour sur l’île que l’idée de participer à l’épreuve 2018 avait mûrie. Les sorties trail le long du littoral durant les quelques jours passés sur l’île, du côté de Sauzon, m’avaient tellement plu que j’avais décidé à cet instant que j’aimerai tenter ma chance.

Le dossard est retiré, ce sera le numéro 435. En se rendant au village du trail je croise Nathalie MAUCLAIR une légende française du trail, avec une victoire à l’UTMB et au Grand Raid à son actif qui s’entraîne une dernière fois au Palais avant sa course du lendemain. Le sac est prêt, la frontale chargée, la poche d’eau pleine et la météo ne devrait (malheureusement) pas être aussi clémente que les éditions précédentes. Sur ce dernier point, on fera avec.

Nous sommes le 22 septembre c’est le jour J, le jour que moi tout comme les 500 autres concurrents attendons depuis des jours, des semaines, des mois et pour les malheureux du tirage, des années. Nous nous rendons sur la ligne de départ, départ qui sera donné à 7h00 dans la nuit, au bas de l’Avenue Carnot au cœur du Palais à quelques foulées du port. Nous traversons la ville sous les applaudissements des nombreux supporters amassés derrière les barrières, les feux de Bengale et en passant par la fortification Vauban. Quelques foulées plus tard, nous quittons la ville pour aborder les premiers sentiers côtiers. Dans la nuit noire, le serpent de lumière des lampes frontales s’étale déjà et éclairent les coureurs le long de la côte. J’avais décidé de partir rapidement pour éviter les embouteillages sur les premières montées ou être entraînés dans des rythmes plus lents que le mien sur des monotraces où le dépassement est impossible. Le choix n’était pas forcément le meilleurs puisque au bout d’à peine 10km je me sens déjà épuisé… me concernant ça ne commence pas super bien. Nous foulons la Plage des Grands Sables, le soleil se lève timidement au loin, il faut en profiter car c’est la première mais aussi la dernière fois que nous l’apercevrons ! Nous nous orientons vers Locmaria, premier point de ravitaillement de l’épreuve situé au 17ème kilomètre. Mes jambes sont anormalement lourdes puisque j’ai l’impression d’avoir déjà couru 50 bornes, ce n’est vraiment pas simple… d’autant que je me fais surprendre par la difficulté de cette première partie où nous n’avons pas cessé de monter et descendre des courtes pentes, souvent raides et techniques obligeant à avancer prudemment.

Arrivé au premier ravitaillement, au village de Locmaria, mes 4 supporteurs (Bercelyne, Marion ainsi que mes parents) sont présents, m’encourage et agitent le petit fanion “allez Arnaud”. Je repars et je regarde ma montre tous les 500m, j’avance à mon rythme mais j’ai cependant l’impression de ne pas avancer. L’après Locmaria est techniquement plus clément, c’est moins traumatisant pour les cuisses mais on n’est pas là pour faire du tourisme. Je lève les yeux pour profiter pleinement du formidable paysage côtier qu’offre cet Ultra des Vagues. C’est vraiment unique pour moi, habitué aux sommets Vosgiens, c’est tellement différent et unique. Ici les sapins sont remplacés par de la végétation de falaises, les sommets par des falaises et les lacs par l’océan Atlantique. J’avance petit à petit mais le vent se lève petit à petit pour devenir soudainement plus franc le tout accompagné de crachin. Je commence à apercevoir au loin la tête du Grand Phare, qui a fur et à mesure devient de moins en moins petit. Côté chiffre je vois ma vitesse moyenne s’effondrer en raison de mes relances de moins en moins certaines et de plus en plus rare.

Le second ravitaillement à Bangor fait franchement du bien, je m’arrête un peu plus longuement qu’à celui de Locmaria et sous les yeux de mes 4 supporteurs je reprends des forces. Les kilomètres qui suivront, au niveau du Grand Phare, sont différents puisque le parcours nous fait passer de longs moments à l’intérieur des terres, nous perdons la vision de l’océan et la technicité des sentiers pour laisser place à la traversée de petits hameaux bellilois et des chemins bien plus roulants : c’est un peu moins dépaysant mais c’est plus roulant, ça permet de trottiner de long moment à une vitesse de croisière de 10km/h environ. À mi-course, le vent redouble d’intensité et le crachin se transforme en pluie franche ! Sur les côtes, on voit d’énormes vagues s’échouer sur les falaises de la côte et certains sentiers à proximité de ses falaises nous vivre l’instant à 200%. Je crois apercevoir le Phare de la Pointe des Poulains et connaissant l’endroit ça me redonne une énergie soudaine, je commence à me dire que le plus gros de la course est faite : il reste approximativement 25km à cet instant. La météo compliquée a fait fuir les randonneurs de cette partie du GR340 jonchée de landes à bruyères, les coureurs se sont étalés petits à petits ce qui me permet de courir seul de longs moments.

Nous arrivons à Sauzon, c’est le dernier ravitaillement mais également la dernière ligne droite avant l’arrivée. Ma montre m’annonce qu’il reste 17km, ma topographie seulement 14km… nous contournons l’estuaire et regagnons notre sentier monotrace. Une nouvelle difficulté vient s’ajouter à l’épreuve : certaines descentes sont devenues boueuses donc glissantes ; mes chaussures n’accrochent pas, mes jambes sont épuisées, j’avance à nouveau au ralenti ! Là encore des wagons de coureurs entiers me dépassent mais je trouve le rythme avec un coureur breton avec qui j’échange quelques mots. Nous nous motivons mutuellement pour finir sous la barre symbolique des 10h de course. Nous arpentons les derniers sentiers qui laissent place à la route, nous traversons la citadelle Vauban qui surplombe Le Palais, zigzaguons encore un peu dans quelques rues pour enfin voir l’arche d’arrivée se dresser devant nous. C’est sous les applaudissements d’une foule dense et sous le regard de mes 4 supporteurs (mouillés comme moi) que je franchis la ligne d’arrivée à une 120ème place sur les 530 partants en 9h55min. Mon suivi Suunto est ici. Ma vidéo souvenir est ici:

Pour résumer, Belle-Ile en trail c’est un trail particulier, hors du commun, sans doute même unique. Conscient d’être chanceux d’avoir pu y participer, je conseille aux amoureux du trail de se lancer dans l’expérience. N’hésitez pas à quitter les sommets au profit des sentiers côtiers car même si c’est un trail rapide, il a son lot de difficulté, et pas des moindre. C’est aussi une autre manière de découvrir Belle-Ile, en l’arpentant en courant. Un grand merci au sérieux l’organisation et à la sympathie des bénévoles sans qui Belle-Ile en Trail ne serait pas Belle-Ile en Trail mais également à mes 4 supporteurs qui ont parcouru l’île pour m’encourager et me redonner le moral lors ce que j’en avais besoin.

I can fly car la Bretagne ça vous gagne aussi !

La trace GPS:

Distance totale: 79.84 km
Altitude maximum: 63 m
Altitude minimum: -2 m
Denivelé total positif : 3057 m
Denivelé total négatif: -3074 m
Vitesse moyenne: 9.38 km/h
Durée totale: 09:55:43
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