\Mon récit de la X-Traversée du Trail de Verbier Saint-Bernard

Le contexte, la préparation… Cette X-Traversée est incontestablement un des deux gros morceaux de ma saison trail qui jusque-là, se déroule comme prévue. Pour la dixième édition du Trail de Verbier Saint-Bernard, je m’invite à l’anniversaire de l’épreuve pour courir ce 73km et pas loin de 5000 m de dénivelé positif sur un parcours réputé alpin, donc par définition technique. Nous rejoignons en famille la région la veille. Un petit détour vers la salle des retraits des dossards où l’on a le droit à un briefing. Quelques instant plus tard le rectangle orange marqué “1083 Arnaud France” est dans nos mains, on peut rejoindre Champex Le Lac où nous logerons la nuit. Au moment de se coucher, pas de stress mais une petite appréhension avant d’aborder ses chemins si différents de mes chemins d’entrainements vosgiens à l’image de ceux du 73km du trail des Marcaires que j’ai couru il y a deux mois. Mais maintenance, on ne peut plus faire marche arrière.

Le lendemain, le départ de la course est à 8h00. Après un rapide déjeuné, nous nous rendons à La Fouly petit village suisse de fond de vallée qui accueille le départ de cette X-Traversée. Côté ciel, la météo est conforme aux prévisions et à nos espérances : il y a du soleil et la température n’est pas assommante. Il fait même plutôt frais en ce matin, donc on a hâte de partir. Dans le sas de départ, je pense reconnaitre Sarah Vieuille la vosgienne et récente championne de France. Plus proche, Mathieu et sa bande sont juste derrière moi; le temps d’échanger quelques mots et le départ est donné. L’organisation avait prévu un lâcher de ballon au départ, c’est chose faite et nous partons. Les premiers kilomètres sont sans difficulté puisqu’ils se déroulent sur une route large qui permet au peloton de 850 coureurs de se disperser calmement sans se piétiner. Le chemin se transforme en sentier et nous abordons la première montée en direction du Col de la Fenêtre qui sera tout de suite le point culminant de l’épreuve à 2695m d’altitude.

Là en-haut il fait frais, il subsiste des plaques de neiges que nous devons franchir et le terrain est assez technique. Pour ma part mes chaussures n’offrent pas une adhérence idéale dans ce milieu humide alors après quelques glissades parfaitement contrôlées j’avance prudemment. Le passage entre les Lacs de Fenêtre est formidable implanté dans un milieu rocheux quasiment sans végétation : pas de doute nous sommes dans les Alpes. C’est déjà la première petite descente dans les rochers -nous sommes à cet instant en Italie- puis sur sentiers plus calmes pour rejoindre le col du Grand Saint-Bernard. Là, lieu de passage, il y a de la vie, mais également le premier ravitaillement. Le bénévole remarque ma nationalité et espère pour moi que je serai arrivé pour la demi-finale de la coupe du monde qui se jouera mardi, et pour ma part je lui suggère de lancer des recherches un peu avant. On rigole et je repars pour ce qui sera la partie la plus tranquille du parcours : une descente longue sans grande difficulté de 12km à travers les alpages en direction du Lac des Toules. A cet instant je me dis que ce trail ne devrait pas être si terrible. Passé le lac, c’est la surprise, mes trois supporteurs sont au bord du chemin à m’encourager, ça fait plaisir mais pour pas casser le rythme je ne m’arrête pas d’autant que le ravitaillement de Bourg-Saint-Pierre (1620m) n’est qu’à quelques foulées. En fond de vallée, on sent la température qui est plus intense et ne va pas faciliter la montée vers Mille. J’ai à cet instant de la course une belle énergie et la poussée sur les bâtons vont me permettre de dépasser un grand nombre de coureurs. On retrouve là nos plateaux alpins, cisaillé par des petits ruisseaux où plus grands torrents, et notre chemin est entouré de fleurs à multiples couleurs avec à l’horizon des sommets enneigés, c’est de toute beauté !

Nos efforts sont récompensés car au niveau de Mille (2480m) nous sommes déjà à la moitié de la course, mais pas nécessairement à la moitié de nos difficultés. On entame une nouvelle descente vers la Cabane du Brunet, descente dans laquelle je fais la connaissance de Eric, un coureur alsacien à proximité de Mulhouse. On abordera ensemble les sentiers pendant plus de 3 heures. Ensemble, nous avons un bon rythme qui nous permet de dépasser un grand nombre de coureur du Marathon avec qui nous partageons le chemin ; et puis échanger quelques mots ça permet au temps de s’écouler plus rapidement. Arrivés à la Cabane de Brunnet je retrouve mon staff familial, ça fait du bien mais je sais que les kilomètres qui viennent seront particulièrement compliqués. Plus précisément, ils sont aussi beau que difficile car la montée au Col des Avouillons est terrible : c’est ultra abrupte, rocheux et caillouteux, le soleil nous assommes comme tout comme les 45km que nous avons déjà dans les jambes à cet instant. Cette montée était terrible, sans bout, sans fin, nous ne voyons plus le bout. La vitesse s’effondre à 2km/h, des coureurs sont à l’agonie sur le bord du chemin, simplement épuisés par cette ascension. Nous arrivons en haut, à  2650 m d’altitude, là aussi des coureurs reprennent leur souffle, et moi avec. Mais c’est le prix à payer pour ce qu’il va suivre : une descente vers le glacier de Corbassière ! Ici on est simplement sur une autre planète, le traileur quasi-citadin que je suis en prend plein la vue: le paysage est soudainement lunaires, les torrents qui descendent du glaciers ont poli la roche leurs offrant des formes arrondies incroyables… on en oublierai presque les jambes lourdes et douloureuses. Sauf que le glacier, il faut passer par-dessus: pour ça la passerelle de Corbassière est là: formidable passerelle en câble et caillebotis longue de près de 200m ! Dessus ça bouge franchement, nous avons l’interdiction de courir et pour ma part je m’interdis de regarder en bas : pas franchement rassuré, je suis content d’arriver au bout !

Quelques coups de bâtons plus tard sur du sentier accidenté, nous sommes à la Cabane de Panossière qui abrite un ravitaillement mais offre surtout une vue imprenable sur ce glacier des alpes valaisannes. Il fait froid et je decide d’écourter le ravitaillement. C’est dans la première partie de la descente que Eric disparaitra car plus à l’aise et me voilà nouveau seul. C’est assez abrupte puisqu’on va perdre 1600 mètres de dénivelé sur 10km: les jambes prennent chères  d’autant que le chemin est cassant. J’avais l’intention de descendre rapidement, mais je me fais vite rattraper par la réalité : je parcours ces 10km en 1h40, soit à une vitesse de 6.5km/h: la fatigue est définitivement installé, d’autant que le plus dur est devant nous. L’avant dernier ravitaillement est à Lourtiers, village montagnard perché à 1070 m d’altitude et point le plus bas de cette course. C’est aussi ici où je retrouve ma famille avec Bercelyne qui s’offre même le luxe de faire quelques foulées avec moi: ça fait du bien et ça fait plaisir. Je m’offre quelques minutes sur un banc pour reprendre mon souffle avant d’attaquer la montée la plus difficile de cette X-Traversée: Au briefing, on nous avait parlé de mur: tout est dit! A cet instant, il reste 12km et sur le papier, il faut regagner 1200 mètres de dénivelé sur seulement 5.5km pour rejoindre La Chaux située à 2266 m d’altitude. On repart au charbon mais c’est franchement compliqué, c’est dur, pénible ça n’avance plus ! Dans la montée je me fais dépasser par quelques coureurs du 111km qui eux, sont dans une impressionnante forme. Pour ma part c’est difficile, je n’en peux plus je m’arrête régulièrement pour reprendre mon souffle et reposer la machine qui est en surchauffe ! Enfin nous sortons de la forêt, le sommet de la Chaux commence à être visible mais encore loin. Il reste moins de 10km de course, j’essaye de relancer sur les portions plates mais je n’y arrive plus: je gagne ce dernier ravitaillement à la marche, en poussant comme un galérien sur mes bâtons. Je mange l’équivalent d’environ 20 tablettes de chocolat, 40 pommes et 90 oranges, me repose quelques instants, troque ma casquette contre ma Petzel Nao 2 (testée ici) et repart pour les 7 derniers kilomètres de descente direction Verbier! A la sortie du ravitaillement je croise Mathieu qui me dit que la montée “c’était bon” (!!!!) et plus loin, une immense statue de cigogne surplombe toute la vallée ! Symbole de ma région alsacienne ça redonne du baume au cœur !

La dernière descente est à la fois roulante par moment, plus difficile parfois mais le parfum de la ligne d’arrivée redonne de l’énergie. J’allume ma frontale par crainte de rester accrocher sur une racine à cause de l’obscurité tombante et les premières maisons de Verbier son déjà là. On traverse la ville sous les applaudissements des nombreuses personnes au bord de la route. L’arche est devant moi, je la franchis en 13h54min à une convenable 140ème place sur 807 partants et 651 arrivants (156 abandons, soit environ 20% des partants).

Ma trace et mes stats sont disponibles ici.

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Pour conclure, quand on s’entraine dans les Vosges, on est pas forcement prêt pour les Alpes car il n’y a pas d’équivalent dans les dénivelés et encore moins dans la technicité. A l’inverse, il n’y a pas d’équivalent en matière de paysage, on s’en ai pris plein la vue, c’était magnifique avec en particularité le sentier menant au col des Avouillons et les alentours du glacier de Corbassière. Me concernant, je ne m’en sors finalement pas trop mal et même si c’était parfois difficile avec des coups de moins, je ne retiendrai que du positif de cette X-Traversée car… le courage n’est pas d’avoir terminé, le courage est d’avoir commencé! A noter également une très belle organisation qui sait mettre en avant le magnifique Pays de Saint-Bernard et le partager avec les traileurs venus de près de 50 pays différent. Et pour finir 1000 merci à mes 3 supporteurs (Bercelyne et mes parents) présents avec moi sur la ligne de départ, qui m’ont encouragé tout au long du parcours et applaudit sur la ligne d’arrivée !

Me concernant, mon prochain trail sera tout autre: ce sera le célèbre Belle Ile En Trail qui consiste à faire le tour, de 84km, de Belle-Ile-En-Mer.

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