Récit du 80km du Mont-Blanc 2014.

Mon récit de mon 80km du Mont-Blanc

2h00 du matin, le réveil sonne, je peste; je bois du café tiède, je peste; j’accompagne de barres céréales, je peste; boire de l’Isostar au petit déjeuner, je peste encore; rouler sur des routes sinueuses de montagnes pour rejoindre Cham’ de nuit, je peste toujours. C’est pourtant les étapes indispensables pour prendre le départ de ce 80km du Mont-Blanc. Nous arrivons au centre de Chamonix vers 3h30, la course commencera une demie heure plus tard. L’ambiance est timide au début, les concourants sont certainement stressés par l’épreuve à venir et l’ensemble des efforts qu’il faudra fournir pour en venir à bout.

Le briefing français/anglais peut commencer : Fred COMPTE – Directeur du Club de Sport de Chamonix – nous annonce que nous allons courir longuement dans la neige. La couleur est annoncée. Le top départ est donné ; on peut s’élancer vers la première étape du Brévent à 2450 mètres , il est 4h00. Première montée avec de bonnes sensations, le peloton est serré et les coureurs se suivent de prêt sur le premier single. Mickaël et moi avions prévu de faire cette montée ensemble mais ce fut de courte durée car nous avons rapidement été séparés par la foule de coureurs, je me retrouve alors derrière lui. Le dénivelé est régulier et la sortie de forêt nous gratifie d’un levée de soleil exceptionnel sur le Mont-Blanc en face de la vallée. Les lampes frontales sont coupées vers 6h00 du matin. La première ascension est longue mais se passe plutôt bien, les jambes étant encore bien fraîches. La température au Brévent est déjà agréable et il nous faudra 2h45 pour l’atteindre (pour 8km!). Un rapide calcul de vitesse me fait sérieusement réfléchir sur l’heure d’arrivée. Nous descendons sur Planpraz, puis la Flégère, par un chemin assez roulant et large, un des rares moments où le terrain nous permet réellement courir. Ensuite nous remontons sur quelques kilomètres pour rejoindre La tête aux Vents pour attaquer une bonne descente vers le Buet. Les organismes commencent sérieusement à chauffer et nous sommes à peine au 26ème kilomètre de la course.

Je reprends des forces au ravitaillement du Buet en mangeant cake, chocolat et saucisson dans un ordre aussi anarchique que original. Je remplis ma poche d’eau pour attaquer LA montée de cette course: le col de la Terrasse à 1300 mètres au dessus de nos têtes (2631m d’altitude). Le début dans la forêt se passe plutôt pas mal, les montées n’étant pas trop abruptes et le terrain “praticable”. La donne changera rapidement un bout de quelques kilomètres puisque le chemin deviendra de plus en plus caillouteux et technique. Il fait chaud et j’ai rapidement bu l’ensemble de ma réserve sur les premiers kilomètres; voyant bien qu’il ne sera pas possible de continuer sans eau je décide de remplir à nouveau ma poche à un ruisseau de montagne. Durant mon opération de remplissage trois personnes me demandent si l’eau est bonne et potable, je leur réponds qu’on verra bien, je ne suis toujours pas malade au moment d’écrire ce récit. Nous montons toujours et l’environnement nous offre des paysages sensationnels avec de grandes barres rocheuses, un large torrent, de petits ruisseaux, de la neige… Le terrain devient franchement difficile, il y est impossible d’y courir tant il est raide et accidenté: nous sommes en haute montagne. Nous faisons nos premiers pas dans la neige, quelle galère: chutes, déséquilibre, dérapages, perte des appuies, vitesse au ralentie, c’est très éprouvant voir agaçant par moment car on a hâte de rapidement sortir de ce pétrin. J’en profite pour me mettre sur le bas côté pour improviser un glaçage de mon genou gauche fragile en m’y appliquant de la neige. La montée paraît interminable mais nous arrivons enfin au Col de la Terrasse. Les premières descentes, toujours dans la neige, se feront assis en se laissant glisser, une méthode conseillée par le coureur qui me précède ! Un chouette moment, une bonne rigolade et surtout une technique efficace; je prendrais une luge pour l’édition 2015.

Nous redescendons un peu pour arriver au col du Passet ou un ravitaillement liquide nous attend. Les bénévoles nous remplissent la poche et nous annoncent que nous sommes à la moitié de la course. Nous attaquons une montée qui se devait être rapide sur le papier mais là encore, terrain ultra technique avec des marches et des appuis splités dans la roche pour avoir des supports pour les pieds et à certains passage, des rampes et des chaînes sur le côté pour se tirer ou pour éviter de basculer dans le vide. L’évolution est donc très lente. Après ce passage, nous attaquons la descente vers Vallorcine de 6km et 900 mètres plus bas. Elle est roulante, tellement que l’on est tenté de se laisser transporter par la pente. Mon genou gauche recommence alors à me refaire mal lors des chocs avec le sol et je dois constater que ma tendinite du vaste externe refait petit à petit son apparition. Le spectre de l’abandon commence à faire son apparition et pour me préserver je décide de ralentir en me disant de faire le point une fois arrivé en bas. Je me fais dépasser de toute part dans cette descente à priori  facile. Arrivé au ravitaillement solide de Vallorcine, je dois prendre la dure –mais sage- décision de renoncer sous peine d’aggraver ma tendinite. Je ne repartirai pas pour l’ascension de l’Aiguille des Posettes, il reste alors 36km de course pour environ 2500m de dénivelé positif jusqu’à l’arrivée à Chamonix.  Le retour de Vallorcine se fera donc en train.

Tomographie

47km parcourus pour 3500m de D+ en environ 11h00 de temps ! Voici le bilan de mon 80km du Mont-Blanc 2014. Une grosse surprise au niveau du timing justifié par d’infernales montées et des terrains très accidentés et enneigés. Nous nous sommes incontestablement fait surprendre par le niveau exigé par cette course, sentiment accentué par le mois sans aucun entraînement avant la course, justifié par ma blessure. Félicitation aux 569 arrivants – sur 1000 dossards partants – , tout comme à l’organisation de la course et à l’ensemble des bénévoles qui ont travaillé à la bonne réalisation de cet événement. Le tracé était quant à lui également exceptionnel, offrant aux concurrents de magnifiques paysages alpins. Félicitation à Luis-Alberto HERNANDO qui boucle la course en 10h25 chez les hommes et Emilie FORSBERG en 12h38 chez les femmes.

Lien vers ma galerie photos Flickr prises sur la course avec la Gropro Hero 1: Cliquez Ici

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Author: Arnaud MICHEL

11 thoughts on “Récit du 80km du Mont-Blanc 2014.

  1. Salut Arnaud. J’ai suivi étape par étape ta course grâce à facebook, l’idée de l’organisation est d’ailleurs excellente. Cette épreuve fait vraiment envie et tu es courageux de t’être lancé. Pas de chance avec cette blessure et la neige, mais sachant ce qui t’attend tu pourras encore mieux t’y préparer pour la prochaine. J’imagine que c’est frustrant d’arrêter si tôt, mais c’est déjà plus qu’un marathon, et en montagne! Bravo! Soigne-toi bien. à+

  2. On échange de tendinite !! Je te donne celle que j’ai à l’épaule droite (t’en as pas trop besoin pour courir) et je prends celle de ton genou gauche (j’en ai pas besoin pour coudre) !
    J’ai beaucoup aimé lire ton récit, et j’ai beaucoup d’admiration.

  3. meci pour ce récit;
    nous avons fait la même course, bien dans le timming du Brévent et au Buet à 9h30…. mais dur pour la suite sans eau (je n’ai pas fait les ruisseaux) et plus d’eau à Emosson donc descente jusque Valorcine sans eau depuis le col de la terrasse. passage de la barrière à 17h20 puis course àprès les barrières et final à 4h10 avec les fermeurs au cul.

    deux ongles perdus, des courbatures et une tendinite de voute plantaire.

    pour l’année prochaine, partir dans les premiers pour s’extraire de cette montée au Brévent et gagner du temps, une poche à eau de 2.5 litres….et une paire de jambes !!

    fred

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